En 2025, l’Assurance Maladie a compté 35 500 accidents du travail liés à une affection psychique ou à un contexte de risques psychosociaux. C’est 24 % de plus qu’en 2024, et ces accidents représentent 6,5 % de l’ensemble des accidents du travail, selon le rapport annuel qu’elle a publié en octobre 2026. Si vous venez de mener un diagnostic des risques psychosociaux, ces chiffres vous aideront à convaincre la direction de ne pas s’arrêter au rapport.
Le passage du diagnostic aux actions se joue à la restitution : c’est là, pour le ministère du Travail, que sortent les pistes d’amélioration dont naîtra le plan d’actions. Montrez-y les situations de travail qui posent problème et les groupes de salariés les plus exposés, sans oublier ce qui fonctionne bien et qu’il faut préserver.
Insistez sur les groupes exposés, car une moyenne ne montre pas où le risque se concentre. Le même rapport annuel désigne l’hébergement médico-social et social comme le secteur le plus touché : il concentre 18,8 % des accidents du travail liés aux risques psychosociaux ou à une affection psychique, alors qu’il ne représente que 2,6 % des salariés, soit plus de sept fois son poids. Ce chiffre national ne dit rien de vos équipes, mais il montre à quel point l’exposition peut être inégale. À l’échelle d’une entreprise, un résultat moyen peut cacher un service ou un métier bien plus exposé que les autres, et la restitution doit le faire voir.
Apporter des faits que tout le monde peut discuter
Les pourcentages d’un questionnaire ne disent pas pourquoi. Le ministère prévoit de les compléter par des questions ouvertes, des entretiens ou des observations de terrain : à la restitution, c’est sur ces éléments que vous vous appuierez pour expliquer les chiffres.
Pour l’INRS, l’analyse des situations de travail passe par « l’évocation de situations de travail concrètes, d’exemples, de faits objectivables ». C’est aussi la matière qui se discute le mieux à la restitution : direction et représentants du personnel peuvent s’accorder sur une situation décrite avec précision plus facilement que sur un pourcentage, que chacun lit à sa façon.
Six axes pour classer ce que le diagnostic a relevé
Classer chaque situation relevée rend la restitution plus lisible, et la grille existe déjà : les six axes du collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail, dans le rapport rédigé par Michel Gollac et Marceline Bodier et publié en 2011. Intensité et temps de travail, exigences émotionnelles, autonomie insuffisante, mauvaise qualité des rapports sociaux, conflits de valeurs, insécurité de la situation de travail. Une charge qui déborde et un conflit de valeurs n’appellent pas les mêmes réponses : les présenter séparément prépare déjà le tri des actions.
Qui faire venir à la restitution
Le ministère demande de consulter les instances représentatives du personnel au cours des différentes étapes de la démarche, « en fonction de leurs prérogatives ». Là où il n’y en a pas, l’employeur peut organiser la participation des salariés, sans laquelle les actions de prévention « pourront difficilement être efficaces ».
Le CSE, lorsqu’il existe, est de toute façon consulté à l’occasion des mises à jour du document unique. Autant qu’il découvre les résultats à la restitution, quand les situations de travail sont encore en discussion, plutôt qu’au moment où on lui soumet un document déjà rédigé.
Montrer aussi ce qui fonctionne
L’INRS demande aussi à l’analyse de « repérer ce qui fonctionne bien et qui doit être préservé ». Nommer ces points d’appui à la restitution, devant tout le monde, aide à éviter qu’une action pensée pour corriger un problème supprime au passage ce qui aidait une équipe à tenir. Olystic Works, cabinet indépendant de prévention des risques psychosociaux, indique qu’à la restitution d’un diagnostic des risques psychosociaux, ses intervenants mettent en avant « les facteurs de risques, les facteurs de protection et les catégories de personnels les plus exposées », afin d’établir avec les parties prenantes « un diagnostic et une vision partagés du contexte ».
Des actions qui répondent à une situation montrée
L’INRS met en garde contre les solutions « toutes faites », qui risquent de se révéler inadaptées sans un temps d’analyse. Pour lui, le plan d’actions doit découler « des résultats de l’analyse » et porter « sur des actions centrées sur le travail ».
Avant de valider le plan, reprenez chaque action retenue. Pour chacune, notez à quelle situation de travail montrée à la restitution elle répond, et de quel axe relève cette situation. Si une action ne se rattache à aucune, rediscutez-la avec les participants de la restitution avant de l’inscrire au plan.
Sources
- Assurance Maladie – Rapport annuel 2025 de l’Assurance Maladie, Risques professionnels (2026) : https://www.assurance-maladie.ameli.fr/sites/default/files/rapport_annuel_2025_de_lassurance_maladie_-_risques_professionnels_octobre_2026.pdf
- Ministère du Travail et des Solidarités – La prévention des risques psychosociaux (RPS) (2024) : https://travail-emploi.gouv.fr/la-prevention-des-risques-psychosociaux-rps
- INRS – Prévenir les risques psychosociaux (RPS). Prévention (page non datée) : https://www.inrs.fr/risques/psychosociaux/prevention.html
- Collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail – Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser (2011) : https://travail-emploi.gouv.fr/sites/travail-emploi/files/files-spip/pdf/rapport_SRPST_definitif_rectifie_11_05_10.pdf
- Entreprendre Service Public (DILA) – Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) (2026) : https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F35360
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